En 2016, les capteurs ont commencé à détecter un gaz illégal s’écoulant dans l’atmosphère depuis l’est de la Chine. Ce gaz, le CFC-11, a été interdit en 2010 en vertu du protocole de Montréal – le traité international visant à éliminer les substances qui détruisent la couche d’ozone protectrice de la Terre. Le CFC-11 réchauffe également la Terre avec une intensité 5 000 fois supérieure à celle du dioxyde de carbone. Des années d’efforts pour protéger la couche d’ozone pourraient être réduites à néant si les émissions se poursuivent, ont averti les experts. Une enquête secrète a permis d’identifier la source des émissions, et les gouvernements ont fait pression sur le gouvernement chinois pour qu’il prenne des mesures de répression.

Des résultats positifs

Deux articles publiés dans la revue Nature montrent que les émissions en provenance de l’est de la Chine ont suffisamment diminué pour mettre la couche d’ozone sur la voie de la reconstitution. Il s’agit d’un test précoce pour les accords internationaux de contrôle des émissions illégales, et cela pourrait devenir un précédent pour la répression des autres gaz à effet de serre.

« Si nous avions dormi au volant et n’avions pas été en mesure de dire au monde que quelque chose n’allait pas, cela aurait pu être un vrai problème », a déclaré Stephen Montzka, auteur de l’un des articles et membre d’une équipe qui surveille les gaz à effet de serre et les produits chimiques qui appauvrissent la couche d’ozone. Et quand Montzka dit « un vrai problème », c’est un euphémisme : Sans la protection de la couche d’ozone, le soleil qui réchauffe nos peaux et nourrit nos récoltes devient un chalumeau de radiations fulgurantes. Si la couche d’ozone disparaissait, la vie sur terre ne serait pas durable sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Une région de Chine identifiée fautive

Un groupe international de chercheurs exploite un réseau mondial de capteurs qui reniflent l’air des îles et des sommets éloignés pour détecter les changements dans l’atmosphère. Depuis les années 1990, lorsque le protocole de Montréal a commencé à éliminer progressivement les chlorofluorocarbones et autres produits chimiques destructeurs d’ozone, le CFC-11 n’a cessé de disparaître de l’atmosphère, jusqu’en 2012, année où la baisse des concentrations de CFC-11 a ralenti. Les scientifiques se sont empressés de comprendre ce qui se passait, en examinant les données du réseau de capteurs. Deux renifleurs basés sur des îles, l’un au large de la côte sud de la Corée et l’autre de la côte sud du Japon, avaient enregistré une augmentation suspecte du gaz. Il semble qu’il ait été libéré dans une région de Chine où des usines produisent de la mousse isolante, l’une des principales utilisations du CFC-11 avant son interdiction. Mais les capteurs qui aspirent les produits chimiques de la brise ne pouvaient que donner une idée générale de sa provenance.

La réaction a été rapide. Les pays qui ont signé le protocole de Montréal en 1987 le prennent au sérieux. Ils envoient des experts qui se réunissent deux fois par an, chaque année, pour examiner les progrès réalisés et négocier des changements. Ainsi, lorsque les scientifiques ont signalé que quelque chose n’allait pas, ils étaient prêts. Et ces nouvelles études suggèrent que la répression fonctionne. Mahapatra se réjouit de ce succès, mais appelle à la vigilance. Il est crucial que le monde trouve le moyen de contrôler et de stopper efficacement les émissions illégales afin de protéger la couche d’ozone et, à terme, le climat.